vendredi 6 mai 2011

L’ART ET L’ARGENT (DE JEAN-JOSEPH GOUX) : UN INTÉRESSANT DÉBAT AU MUSÉE DU JEU DE PAUME.

Organisée par Damien Guggenheim, une rencontre eut lieu ce jeudi 5 mai au Musée du Jeu de Paume avec Jean-Joseph Goux, philosophe qui vient de publier L’Art et l’Argent. La rupture moderniste (1860-1920). Ouvrage suivi d’un entretien, « Les chaussettes de Mondrian », qui fait le point sur les relations complexes de l’art et de l’argent de 1860 à aujourd’hui.

La prestation de Jean-Joseph Goux fut suivie d’un très intéressant débat dont je me ferai ici l’écho. Quatre idées fondamentales y furent (me semble-t-il) développées.

L’idée tout d’abord de l’existence d’une sorte de magma financier souterrain, d’une sorte de trop-plein d’argent qui se fixerait sur ces valeurs volatiles que représentent les œuvres d’art. — Cette question serait évidemment riche de prolongements multiples. L’une d’elles pouvant bien sûr se situer sur un terrain éthique (ce terrain dont on sait que le capitalisme financier ne tient aucun compte), la masse monétaire investie ainsi au sein de tant d’apparentes futilités (le sont-elles ? Une grande partie de la question est là) co-existant avec l’immense pauvreté de toute une partie du monde.

La deuxième question concernait la relation de couple qu’entretiennent de plus en plus l’artiste et l’entrepreneur. Les procédures de la création artistiques (productivité, rapidité, création perpétuelle de nouveautés titillant le désir du consommateur d’art, etc.) et les procédures du monde des affaires et de l’entreprise (célérité, rapidité, efficacité, modernité et esprit d’entreprise, création permanente de nouveaux produits et de nouveaux objets) entrent en perpétuelle osmose. On peut s’en féliciter ou s’en inquiéter, mais l’artiste et l’entrepreneur semblent bien aujourd’hui fonctionner « en miroir » et comme modèles l’un de l’autre.

Le troisième point concerne cette « rationalité » de l’actuel marché de l’art, rationalité au sein de laquelle certains artistes pourraient éprouver un certain confort, l’artiste se trouvant impliqué dans un système hypercontraignant, hypercodé et placé sur les rails d’un art contemporain qui se développerait désormais suivant sa logique propre.

Certains (dont je suis) pourront s’inquiéter, voire s’insurger, à l’encontre de cette machinerie dont on pourrait penser qu’elle se développe suivant des modèles proches de ceux des sociétés que nous dirons (pudiquement) « contraintes ». La question de la liberté artistique se trouve ainsi posée dans le contexte très particulier du monde actuel.

Dernier élément enfin : la question de la pertinence esthétique d’une œuvre (Pollock, Koons, Hirst, Warhol, etc.) peut-elle être aujourd’hui pensée indépendamment de son prix. Je laisse ce débat-là ouvert… Il est bien intéressant. Et très retors.

Rappelons enfin qu’une partie de l’ouvrage de Jean-Joseph Goux fit l’objet en décembre 2010 d’une conférence en un autre lieu. J’ai eu grand plaisir à voir cette conférence (que j’avais initiée à la demande du Service culturel du Musée d’Orsay : Cycle L’Argent, l’or, le cuivre, la couleur) enjamber la Seine. En passant et en se prolongeant ainsi d’un prestigieux Musée du XIXe siècle à ce Musée du XXe et du XXIe siècle qu’entend bien être le Jeu de Paume.

Signe que les ponts et les passerelles entre les époques et les institutions sont des plus féconds.

L'art et l'argent : la rupture moderniste
Musée d'Orsay
Jeu de Paume

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